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Chapitre 19 : Argus Rusard

LE MIROIR DE PEUT-ETRE : Chapitre 19
--Argus Rusard --

Lundi, Harry assista au petit déjeuner dans la Grande Salle sans indiquer aucunement que quoi que ce soit de significatif se soit passé durant le week-end. Il remarqua aussi que sa nonchalance à la table du petit déjeuner était d’un grand soulagement pour Severus. Il y avait eu une tension subtile dans les épaules de l’autre homme, tension qui ne s’était dissoute qu’une fois qu’il s’était rendu compte qu’Ash n’allait pas l’inonder de démonstrations d’affection publique dont il ne voulait pas.

Harry soupira. Il était évident que lui et Sev avaient vraiment besoin de se parler.

Bien que ce soit vrai que le Maitre de Potions ait finalement accepté d’avoir une relation amoureuse avec lui, il était aussi vrai qu’en ce moment précis, aucun d’entre eux ne savait réellement à quoi s’attendre venant de l’autre. Eh bien, Harry en avait probablement une idée légèrement plus précise grâce au temps qu’il avait passé dans le Miroir, mais même ainsi, la version du Miroir de Severus avait été plus vieille et avait plutôt bien connu Harry lorsqu’ils étaient devenus intimes. La situation actuelle n'était pas du tout vraiment la même. Et bien sûr, en plus des aspects purement personnels il fallait aussi prendre en compte Voldemort.

Malheureusement, l'occasion de parler ne s’était pas encore présentée. Après avoir quitté le bureau d’Albus hier, ils étaient allés chacun de leur côté -- Harry pour écrire ses lettres et repenser ses plans, et Severus pour nettoyer sa salle de travail et remplir ses devoirs de Maitre de Potions de Poudlard. Harry n’avait toujours pas réussi à retrouver l'autre homme avant le dîner, et il n'était pas assez stupide pour frapper à la porte de Sev après cela -- du moins pas quand il savait combien ils étaient fatigués tous les deux et le nombre de devoirs à corriger qui attendaient encore « Professeur Ash » dans son bureau.

Cela faisait du petit déjeuner de ce matin un plaisir et une difficulté. D’un côté, Harry avait pu s’asseoir à côté de son amour et pouvait se laisser divertir par son attitude mordante du matin, mais de l’autre, il ne voulait ni dire ni faire quoi que ce soit de personnel devant un paquet d’élèves fouineurs et de personnel enseignant encore plus fouineur ! Cependant, puisqu’il ne pouvait rien y faire sur l’instant, Harry décida de simplement d’apprécier la compagnie de Sev aussi longtemps qu’il l’aurait.

Regrettablement, les matins de semaine n’étaient pas connus pour leurs longs petits déjeuners tranquilles, et bien trop tôt, le Maitre de Potions se leva de table et se dirigea vers les cachots. Harry attendit juste assez longtemps pour qu’il ne semble pas qu’ils soient partis ensemble, puis alla rejoindre sa propre salle de classe.

Comme pour compenser les épreuves du weekend, le premier cours de Harry fut parfaitement ordinaire et entièrement sans problèmes. Avec joie, il se rendit compte qu’après sept semaines d'école, il trouvait toujours l’enseignement agréable et porteur de défis. Il fut cependant un peu étonné de se rendre compte de combien il devenait confortable à exercer sa nouvelle profession. Il attribua en fait cinq points à un Poufsouffle de quatrième-année et ne s’en sentit pas le moins du monde étrange !

Le déjeuner passa sans aucun signe de Severus, mais ce n'était pas insolite. Plusieurs autres enseignants manquaient aussi de la table des professeurs et Harry espérait que le Maître de Potions appréciait une paisible pause de midi plutôt que nettoyait quelque désastre laissé par sa classe.

A la fin de la journée, Harry était de retour là où il avait commencé : assis à côté de Severus à la table des professeurs, se demandant quand il aurait la chance de lui parler en privé.

Le dîner se passa de manière habituelle jusqu' à ce que, fait inattendu, le Directeur se lève sa place et annonce un bal de Halloween. Il devait apparemment avoir lieu le trente et un du mois -- qui était mardi de la semaine prochaine. « Et malheureusement, » ajouta Albus, « comme c'est une nuit d'école, j'ai peur que les festivités doivent se terminer avant 10:30. » Alors il regarda sévèrement par-dessus le haut de ses lunettes et avertit : «S'il vous plaît veuillez noter qu’un couvre-feu rigoureux sera appliqué. »

Harry ne se sentit pas grandement concerné par l’annonce jusqu'à ce qu'il entende Severus grommeler que ce n’était pas son tour de surveiller les petits monstres bourrés d’hormones. Harry savait que certains des enseignants devraient servir de chaperons, mais jusqu'à ce moment il ne s'était pas rendu compte qu’il pourrait être l’un d'eux. L'idée lui sembla bizarre, de la même façon que retirer des points de Maison avait semblé étrange. Il se demanda si être le plus récent membre du personnel le plaçait automatiquement sur la liste pour remplir le devoir de chaperon. Mais puisque il n'avait aucune idée de comment les chaperons étaient choisis, il devrait juste attendre pour voir.

Après le dîner, Harry eut une rapide conversation avec Albus et prit des dispositions pour être absent mercredi. Le vieux sorcier pensait à l’évidence qu’il allait parler au conseil de Mages, et Harry ne l'en détrompa pas bien qu’il n’ait en fait jamais dit où il allait.

Il alla alors chercher Severus pour voir si le Maitre de Potions accepterait un autre rendez-vous à dîner, pour rattraper celui qu’ils avaient manqué. Mais l'autre homme avait une retenue à surveiller et les élèves en tort frottaient déjà des chaudrons quand Harry le trouva. Le Mage de Guerre décida de ne pas les interrompre puisque il ne pourrait pas parler librement devant les élèves de toute façon.

En sortant des cachots, Harry se dit que bien que les élèves doivent un jour ou l’autre apprendre la nouvelle de sa relation avec leur Maitre de Potions, il n'était pas prêt à ce que ces petites commères le découvrent encore immédiatement. Il voulait que les choses soient plus claires entre Severus et lui avant qu’ils aient tous les deux à s’occuper des rumeurs qui seraient rapportées à Voldemort. Ils avaient aussi besoin de temps pour planifier leur stratégie et décider comment ils allaient contrôler l'aspect public de leur relation. Si leur « affaire » se développait trop rapidement, cela paraîtrait suspect au côté « Lumineux » -- mais si c'était trop lent, Severus souffrirait pour son « échec » au bout de la baguette de Voldemort.

En fait, toute cette histoire d' « échec » inquiétait beaucoup Harry. Severus ne pourrait jamais donner à Voldemort le secret pour devenir un mage simplement parce qu' il n'y avait pas de secret. Mais bien sûr, maintenant que le Seigneur des Ténèbres était un Mage d'Ame, il n’avait de toute façon pas besoin d’un tel secret imaginaire. Donc, il était tout juste possible que ce bâtard ne tuerait pas Severus pour son « échec » quand le temps viendrait. Mais Harry ne comptait pas là-dessus. Il était extrêmement plus probable que Voldemort s’attende à ce que son Maitre de Potions lui offre un Mage de Guerre esclave de sa volonté -- et le Seigneur des Ténèbres ne serait pas heureux quand il découvrirait qu’il n’allait pas en obtenir un.

Harry espérait vraiment que précipiter ses plans lui permettrait de battre Voldemort avant qu’on en vienne à cela. Mais au cas où ce ne serait pas le cas, il avait besoin d'un plan de sauvegarde. Malheureusement, la seule chose qui lui venait à l'esprit était une idée plutôt vague, qui -- à première inspection -- était aussi courageusement stupide que tout ce qu‘il avait fait jusqu‘ici. Il décida sur-le-champ qu'il allait préparer son idée, trouver autant de gardes-fous que possible, et espérer comme un diable qu’il ne devait jamais l'essayer.

Avec un soupir, Harry reconnut que le meilleur cours d'action à suivre pour lui était celui qu’il avait toujours eu l’idée de suivre de toute façon -- battre Voldemort aussi rapidement que possible. Le manque imprévu de temps pour préparer ses plans signifiait qu’il était maintenant un peu moins certain du résultat, mais on ne pouvait vraiment rien y faire -- il devait avancer.

Et avec cela à l'esprit, il était probablement tout aussi bien que Severus soit occupé ce soir. Quand il était allé chercher le Maître de Potions, il avait seulement eu l’idée de passer rapidement fixer une heure de dîner pour qu’ils puissent parler plus tard. Il n’avait vraiment pas le temps de s’impliquer dans une discussion interminable, ou bien il se ferait inviter à boire un verre de vin et à participer à une séance de stratégie. Il ne voulait pas non plus expliquer pourquoi il n'avait pas le temps.

Une partie cruciale du plan général de Harry impliquait un rôle vital qui ne pouvait être rempli que par une personne spécifique. Mais actuellement cette personne savait à peine que le Mage de Guerre Ash existait, et n'avait certainement pas la foi, la confiance, ou l'engagement dont Harry allait avoir besoin venant de lui. Et malheureusement, il y avait certaines choses dans la vie qui ne pouvaient pas être précipitées -- des choses comme la foi, la confiance, et l'engagement. Cela signifiait que Harry devait poser les bases de ces qualités le plus tôt possible.

Ce soir, en fait.

Ainsi, pas longtemps après que Harry ait quitté les cachots, il se trouva debout devant un assez joli tableau représentant un bol de fruit. Il tendit la main vers le haut pour chatouiller la poire, et, après que le tableau s’est ouvert pour révéler une entrée cachée, continua son voyage plus bas vers les cuisines. Une fois là-bas, il reçut facilement un assez bon filet de poisson cru de quelques elfes de maison confus, et revint alors sur ses pas jusqu’à ce qu’il soit de retour dans les couloirs et les passages du château.

Il était temps de parler à un certain crackmol.

----oo00oo----

//Ne pas avoir la carte de Papa est assez embêtant parfois// se dit Harry en se promenant avec désinvolture à travers le château à la recherche de son concierge. Il ne voulait pas vraiment demander des directions à quelque tableau ou fantôme parce qu'il ne voulait pas ébruiter son intérêt pour le concierge insaisissable. En ce moment, la promenade tranquille du Professeur Ash à travers le château pouvait être attribuée à beaucoup de choses -- comme l'insomnie, patrouiller pour attraper des élèves après le couvre-feu, faire un peu d'exercice, ou même juste une bonne vieille curiosité et l'exploration. Mais dès qu’il commencerait à demander son chemin... //Eh bien// pensa tristement Harry//disons seulement que certains tableaux et fantômes sont tout aussi fouineurs que quelques sorciers et sorcières. //

Et Harry ne voulait vraiment pas de témoin pour sa première rencontre avec Argus Rusard.

Bien sûr, s'il était honnête avec lui-même, il y avait une autre raison plutôt... enfantine... pour laquelle Harry refusait de renoncer et de demander son chemin-- il serait damné s’il arrêtait alors qu’il avait déjà sali ses robes avec le poisson cru pour le chat de ce maudit homme.

Tout en continuant sa recherche discrète, Harry réexamina mentalement ce qu’il avait l'intention de dire et de faire pour obtenir l'attention de cet homme. A certains égards il regrettait le cours d'action qu’il avait choisi. Dans le Miroir, lui et Argus n’avaient pas vraiment eu beaucoup à faire l'un avec l'autre dans les premières étapes de la guerre. Mais même alors, ils avaient lentement développé un respect mutuel réticent. Après la mort d’Albus, c'était la connaissance du château et de ses couloirs toujours changeants de Rusard qui étaient devenus le pilier de la sécurité de l'école.

En tant que victime de tant de farces au cours des années, il n’était pas surprenant que le crackmol amer connaisse tous les meilleurs endroits pour poser des pièges aux visiteurs sans autorisation. Et quand Harry avait offert d'exécuter la magie dont Rusard avait besoin pour certains de ses plans, Harry avait découvert que Rusard connaissait aussi les meilleurs endroits où établir des sortilèges de protection, ainsi que les meilleurs chemins à utiliser pour les exercices d'évacuation et de sécurité.

Cet homme avait aussi un répertoire plutôt méchant de « plaisanteries » -- tours qui lui avaient tous été joués à un moment ou à un autre.

Et alors, bien sûr, Harry avait découvert les talents cachés de Rusard. Après cela, ils avaient travaillé ensemble de près pour aiguiser les capacités toutes nouvelles de cet homme -- qui à son tour avait fortifié leur respect mutuel jusqu'à ce que cela devienne une amitié solide. Mais cette amitié avait mis des années à se développer, et cette fois-ci Harry n'avait simplement pas le temps de jouer à « Salut, soyons amis ». Il était aussi assez sûr qu’une telle approche ne marcherait pas sur cet homme méfiant et aigri.

Donc au lieu d'une introduction agréable suivie par une phase provisoire d‘ « apprendre à se connaitre», Harry allait passer directement aux tactiques de choc et à la corruption. Alors, une fois qu’il aurait l'attention de cet homme, il prendrait la place d'enseignant et de mentor. Cela créerait, espérons le, les sentiments de confiance et d'engagement dont il avait besoin.

La partie « foi » de l'équation devrait venir d’Argus lui-même.

Harry n’était pas trop heureux de la manipulation qu’il allait utiliser envers le concierge de Poudlard. Il haïssait lui-même d’être manipulé. Mais malgré tout ce qu’il essayait, Harry ne voyait aucun autre moyen d'obtenir les résultats dont il avait besoin si rapidement. Dans l‘état actuel des choses, il pouvait même être pressé par le temps car il devrait attendre que Rusard vienne le trouver lui après leur première rencontre. Et Argus Rusard était un bâtard sacrément têtu.

Au moins il pourrait se consoler avec le fait qu’il savait que Rusard voulait désespérément tout ce que Harry allait lui donner.

----oo00oo----

Quelque demie heure plus tard, Harry repéra finalement Argus Rusard dans un couloir faiblement éclairé non loin des cachots.

Ou pour être plus précis, Miss Teigne le repéra finalement, ce qui signifiait que Rusard n’était pas loin.

Le chat émacié passa le coin devant Harry tout comme il se demandait s'il devait risquer d’attirer l’attention en utilisant un sortilège pour localiser le concierge de Poudlard.

Le chat et l'homme s’arrêtèrent net tous les deux dès qu’il s’aperçurent. Miss Teigne avait probablement espéré attraper un élève hors du lit après l‘heure, mais puisque sa supposée victime n'était pas élève -- ni quelqu’un avec qui elle avait beaucoup affaire -- elle ne savait à l’évidence pas si elle devait l’ignorer ou lui grogner dessus.

Jusqu'à ce qu'il lui lance le poisson.

Après cela, elle était contente de l‘ignorer.

Rapidement, Harry regarda autour de lui et remarqua qu’il y avait très peu de tableaux dans ce couloir particulier. Il sifflota un peu de musique Kyrii qui se traduisait vaguement par « le sortilège d’occupez-vous-de-vos-affaires ». Puis il lança un sortilège de silence et un sort de protection de proximité.

Peu longtemps après, Rusard arriva au coin derrière son chat.

« Maudits marmots, » marmonnait l'homme . « qui pensent qu’ils peuvent m’embobiner -- Il aperçut brusquement son chat, le poisson du chat, et puis Professeur Ash appuyé calmement contre le mur. Avec inquiétude, le concierge de Poudlard dévisagea le Mage de Guerre, puis son chat. Pour Harry c'était évident qu'il se demandait si Ash avait empoisonné le poisson -- ou si le poisson n'était pas empoisonné, pourquoi Ash donnait du poisson son chat.

« C’est un bon chat, » offrit Harry comme ouverture. « Assez fort, très intelligent, et, j'ai remarqué, plutôt loyal. Vous avez de la chance de l'avoir. »

Le soupçon était écrit en grand sur le visage de l'autre homme. Rusard changea d’appuis de manière inquiète. « Je suppose, » admit-il de manière neutre. Il y eut un moment de silence. Puis il ajouta finalement : « Vouliez-vous que’qu’ch’ose Prof’sseur ? »

« Moi ? » répondit innocemment Harry. « La paix dans le monde serait bien, je suppose. » Puis il se repoussa paresseusement loin du mur et avança d'un pas nonchalant vers l'autre homme. Bien que cela le chagrine, Harry agissait exprès comme le sang-pur le plus imbus de lui-même jamais né pour une très bonne raison. Il avait besoin de pousser Rusard à la colère pour que cet homme réagisse honnêtement -- forçant de cette façon le crackmol à faire face aux choses auxquelles il essayait d'habitude de ne pas penser. Harry espérait aussi qu'il établirait un précédent. Dans les mois suivants, il voulait que Rusard continue à montrer des réactions honnêtes -- il voulait aussi que cet homme lui dise ce qu’il pensait vraiment. L'entraînement que Harry avait à l'esprit pour lui progresserait beaucoup plus rapidement sans le masque de ressentiment que le crackmol Argus présentait d'habitude au monde.

En s‘approchant, Harry put voir les épaules du concierge se tendre. L'homme était à l’évidence nerveux, mais il refusait de reculer comme Harry réduisait la distance entre eux. //Oh oui// pensa Harry avec satisfaction//c’est sans aucun doute le même homme têtu et fier que j’ai connu dans le Miroir. //

Quand Harry fut assez près pour rendre Rusard très inconfortable, il se pencha en avant et regarda l'autre homme droit dans les yeux. « Mais la vraie question, » ricana Harry d’un ton tranquillement arrogant, « est : que voulez-vous ? »

Rusard recula maintenant. Il sauta presque en arrière. Harry ne le suivit pas. « Qu’est-c’que vous voulez dire ? » demanda nerveusement Rusard.

« Eh bien, » dit Harry d’une voix trainante, « Vous êtes à l’évidence un crackmol-- »

« Quoi ? » Rusard parut outragé. « Qui vous a dit ça !? C'est un mensonge ! »

« Ce n'en est pas un, » dit Harry d’un ton mordant. « Ne le niez pas. Je sais mieux que vous ce que vous êtes ! »

Maintenant Rusard paraissait fâché. « Qu’est-c’que vous voulez merde ? » répéta-t-il. « Je sais qu’vous voulez que’qu’chose. Combien pour ache ter vot’ silence s’pèce de bâtard ? »

Entendant la colère dans la voix de son maître, Miss Teigne leva le nez de son poisson et grogna un avertissement.

Harry renifla d’un air moqueur. « Vous ne m'écoutiez pas n‘est-ce pas? Je vous ai demandé ce que vous voulez, pas le contraire. »

« Ce-- ce que je veux… ? » répéta Rusard machinalement, soudain confus. Le brusque changement dans la voix de son maître donna à son chat un air tout aussi confus.

« Oui, » confirma Harry. « Comme je l'ai dit, vous êtes un crackmol. Et pourtant vous cachez ce fait. Pourquoi ? » Et alors Harry fit un pas paresseux de côté pour pouvoir s’appuyer avec arrogance contre le mur -- comme si Rusard ne valait même pas la peine de se tenir debout proprement. De sa voix la plus condescendante, Harry ronronna : « Et surtout, pourquoi prenez-vous la peine de rester dans un monde où vous devez cacher ce que vous êtes ? Pourquoi rester dans le monde des sorciers quand vous savez que vous ne pourrez jamais vraiment en faire partie. »

Rusard avait l'air de vouloir frapper Harry à en faire une pulpe sanglante. Mais une vie d'expérience avait enseigné au crackmol qu'il ne pourrait jamais gagner un combat contre la magie -- et il n'était pas assez idiot pour attaquer un Mage de Guerre. Harry laisser ses yeux passer rapidement vers un des tableaux à une courte distance du côté opposé du couloir. Le portrait le leur prêtait pas la moindre attention, mais Rusard lui tournait le dos et éloigna son regard de son persécuteur juste assez longtemps pour voir ce que Ash regardait. Le crackmol pâlit quand il se rendit compte qu’il y avait un portrait à proximité. Le crackmol pensait à l’évidence que sa honte privée serait le dernier commérage en date dans la Grande Salle demain.

« Etes-vous inquiet que vos affaires soient révélées par les tableaux ? » l’aiguillonna Harry. « Ne vous inquiétez pas -- j’ai lancé un sortilège de silence. Bien sûr, si c'est si important que ça, peut-être que vous aimeriez continuer autre part …? »

Rusard ricana, mais ne le regarda pas dans les yeux. « Mon bureau, » cracha-t-il, puis il s’éloigna à grands pas.

Harry le suivit.

Miss Teigne le fit aussi, plus tard -- des restes de poisson pendillant de sa machoire.

----oo00oo----

Quand ils atteignirent le bureau de Rusard, le crackmol en colère ouvrit la porte en grand avec un « bang » violent. Les chaînes et menottes pendant du plafond cliquetèrent avec colère tandis que Miss Teigne sautait sur le bureau de Rusard et arrangeait ses pattes sous elle.

Harry entra à grands pas derrière l’entrée fracassante du crackmol et traversa calmement la petite pièce pour s’appuyer contre une commode à tiroirs. Avec une chiquenaude de ses doigts, la porte se referma. Il n’y avait presque aucun son comme les deux hommes se dévisageaient l’un l’autre sous la lumière jaune vacillante de la lampe au dessus d‘eux.

Finalement, Rusard rompit le silence. « J’en fais partie, » cracha-t-il. « C’est aussi mon fichu monde -- peu importe combien les bâtards comme vous aiment à penser que je n’en fais pas partie. »

Harry éleva un sourcil condescendant. « Et pourtant, » répondit-il, « vous faites de votre mieux pour donner l'impression que vous détestez le monde de la sorcellerie et tout ceux qui y vivent. Comment pouvez-vous penser que votre place est ici alors que vous le détestez à l’évidence tellement ? »

« Je ne le déteste pas ! »

« Vous détestez certainement quelque chose ! »

« Je déteste la maudite attitude des gens comme vous ! » ricana Rusard. « Vous et tous ces autres prétentieux coincés ! Eux et leurs petits marmots bégueules qui n'ont jamais durement travaillé un seul jour de leurs maudites vies -- comptant just’ sur la magie pour se sortir d’affaire -- regardant de haut tous ceux qui eux doivent travailler pour vivre !»

« Alors pourquoi est-ce que vous ne vous cassez pas simplement ? » hurla Harry subitement. « Pourquoi ne pas partir vivre comme le moldu pathétique que vous êtes ! »

Miss Teigne siffla de colère et s’accroupit pour sauter à la gorge de Harry. Mais Harry fut plus rapide et l'étourdit avant même qu'elle sorte une griffe. Sa démonstration de magie et de réflexes rapides comme l'éclair servirent aussi à assez refroidir l'humeur de Rusard pour que le crackmol outragé ne suive pas l’exemple de son chat et saute à la gorge d’Ash. Au lieu de cela il ricana : « Oh, vous aimeriez cela hein, Professeur ? Simple et propre, eh ? Balayez juste tous les crackmols sous le tapis -- déchargez vous de nous sur les moldus et oubliez que nous soyons jamais nés ! Eh bien, je ne vous donnerai pas cette satisfaction ! C’est aussi mon fichu monde, et je ne partirai pas! »

« Foutaise que c'est votre fichu monde ! » l’aiguillonna Harry. « Comment est-ce possible quand le monde des sorciers est justement cela-- un monde pour les sorciers -- un monde construit sur la magie -- et que vous ne pouvez même pas lancer les sortilèges de première-année ! »

Le visage de Rusard était tordu d’un grand nombre d'émotions puissantes -- le haine, la vexation, la colère, la douleur... Se détestant pour ce qu'il faisait, Harry s’avança vers l'autre homme et le repoussa vers le mur. Face à face, Harry ricana en se moquant : « Pourquoi, espèce d’idiot pathétique ? Pourquoi restez-vous ? Appréciez-vous être humilié ? Qu’on vous crache dessus ? Pourquoi n’êtes-vous pas parti il y a des années ? Vous auriez pu tout avoir ! Dans le monde des moldus vous auriez été normal -- vous auriez pu réussir -- être aussi puissant que n'importe quel homme dans ce monde ! Pourquoi n'êtes-vous pas parti ? Etes-vous tellement lâche que -- »

Au mot « lâche », Rusard se jeta soudain en avant. Livide de colère, il souleva pratiquement Harry de ses pieds en retournant la situation et en poussant violemment « Ash » dans le mur.

« J' ai essayé ! » cria-t-il. « J' ai essayé de vivre dans le fichu monde ! Et je ne peux pas ! » Aveuglément, Rusard tira Harry du mur et l’y frappa à nouveau violemment. « Je ne peux pas » Cria-t-il encore, frappant Harry contre le mur une troisième fois. Il tira Harry à lui pour recommencer quand la colère sembla l’abandonner. D'une voix brisée, il donna une secousse sans conviction à Harry avant de chuchoter finalement : « Je ne peux... simplement pas … »

Doucement, Harry leva les mains et détacha les poings de Rusard de ses robes. « Pourquoi... ? » demand-t-il d’une voix soudain gentille. « Pourquoi ne pouvez-vous pas y aller, Argus ? »

« Ce - cela n’a servi à rien, » admit Rusard. Harry remarqua que les yeux de l'autre homme étaient légèrement opaques, et il soupçonna que Rusard n’était presque même plus conscient de lui. « A fichuement rien, » marmonna le crackmol pour lui-même. « J’ai failli mourir. J’aurais pu mourir ! »

« Comment, Argus ? Comment avez-vous failli mourir ? »

« Il faisait froid une nuit, n'est-ce pas ? J’savais même pas comment comprendr’ le chauffage moldu p’r mon appart’. Savais pas comment app’ler à l'aide -- et j’avais toujours b’soin d'aide. Qu’est-ce que ceci ? Qu’est-ce que cela ? Comment ça marche ? A quoi ça sert ? »

Lentement, Harry conduisit l'homme étourdi vers une chaise et s’assit alors sur la table à côté de lui.

« C'était pire que le monde des sorciers, » ajouta Rusard, marmonnant toujours pour lui-même. « Je ne savais rien ! Même leur maudit argent n‘avait aucun sens pour moi. Et... Et… je ne veux pas vivre sans magie ! J'ai grandi avec ! Le monde des sorciers est ma maison ! » Et avec cette déclaration, Rusard sembla revenir à lui. Il cligna des yeux, et ses yeux reprirent leur précision tranchante normale. « C'est ma maison ! » répéta-t-il avec certitude. « Même si vous autres bâtards ne pensez pas que je sois assez bon pour elle ! »

« Je comprends, » dit Harry. Rusard eut à nouveau l’air fâché. « Non, » dit Harry, en levant une main, « Je comprends vraiment. Les moldus ne partagent pas votre héritage -- votre culture. Ils ne connaissent pas votre histoire, votre architecture, ou les mythes et les légendes de vos ancêtres. Ils ne comprennent pas la façon avec laquelle vous regardez le monde. » Puis, tandis que Rusard le regardait toujours bouche bée de surprise, Harry ajouta simplement : « Ils ne sont pas de votre peuple. »

« Non, » consentit Rusard, comme si on venait de lui faire une révélation. « Ils ne sont pas de mon peuple. »

« Et pourtant vous êtes toujours fâché contre nous, » ajouta Harry. « Pourquoi ? Parce que vous ne pouvez pas faire de magie ? Vous pouvez tout à fait utiliser de la poudre de Cheminette mais vous ne pourrez jamais utiliser de baguette, peu importe combien vous vous en efforcez. C’est juste la manière dont sont les choses, et jamais rien ne le changera. » Harry soupira. « Ou est-ce parce que les gens vous regardent de haut parce que vous êtes un crackmol ? » Alors il secoua la tête. « Non, la plupart des gens ne savent pas même que vous êtes un crackmol, alors cela ne peut pas être cela. Est-ce parce que vous n'aimez pas votre travail ? Vous pourriez toujours en trouver un autre vous savez -- ou le Directeur pourrait vous aider à en trouver un autre. »

« De quoi est-ce que vous parlez ? » demanda Rusard d’un ton irrité.

« Qu’est-ce que vous voulez ? » demanda Harry avec un regard intense. « De nous -- du monde des sorciers. Vous êtes si fâché -- si amer. Vous ne voulez pas partir. Vous voulez être un sorcier, mais vous savez que ne le pouvez pas. Alors qu’est ce qui reste ? Voulez-vous de l'argent ? La richesse ferait-il une différence ? Vous pourriez avoir du pouvoir et de l’influence si vous étiez riche. Cela vous satisferait-il ? Cela vous rendrait-il heureux ? »

Rusard cligna des yeux. Il avait l’air de venir tout juste d’avoir l’idée qu’Ash voulait vraiment savoir ce qu’il voulait -- ce qu'il voulait vraiment -- de sa vie. Et soudain il n'était pas si sûr de savoir quoi dire. D’un côté, être riche semblait être une bonne idée. Il n’aurait plus à frotter les murs et le sol. Plus à tolérer de petits marmots prétentieux et ingrats. Une grande maison -- des gens pour s’affairer autour de lui. Il pourrait même avoir des sorciers et des sorcières à travailler pour lui ! Comme serviteurs !

Et pourtant...

Tandis que l’idée d'être riche et puissant lui plaisait vaguement, il aimait assez vivre à Poudlard. Et en y pensant vraiment, il ne pouvait pas se faire croire qu'il serait vraiment heureux d' une telle vie. Il n'était certainement pas assez stupide pour penser que l'argent arrêterait les remarques narquoises -- ou les rumeurs. Cela ne ferait pas de différence, vraiment aucune. Il serait toujours un crackmol.

Harry remarqua l’introspection de Rusard, et décida d'ajouter du carburant au feu. « Cela aiderait-il, » demanda-t-il, « d’avoir quelqu'un à qui parler ? Un ami, peut-être ? Quelqu'un en plus de Miss Teigne ? Peut-être quelqu'un qui sait que vous êtes un crackmol et ne vous regarde pas de haut ? Quelqu'un qui n'aura pas pitié de vous, mais a toujours un peu de compassion -- un peu de sympathie ? Ou peut-être aimeriez-vous rencontrer d'autres crackmols. Juste pour savoir que vous n’êtes pas seul, non ? Je suis sûr que cela aiderait d’avoir des gens autour de vous qui vous comprennent, n'est-ce pas ? »

Harry savait qu’il était un bâtard condescendant sur ce coup là, mais Rusard avait vraiment besoin d’y penser.

Et il y pensa, jusqu' à ce que finalement, l'expression du concierge s’éclaircit de compréhension, et il prononça un seul mot...

« Respect. »

« Je veux juste un peu de fichu respect. »

« Ah, » commenta Harry, intérieurement satisfait. « Du respect. Un peu difficile, cela. »

Rusard fronça les sourcils. « Ah bon? Pourquoi ? »

« Eh bien, » expliqua Harry, « tout dépend de quel genre de respect vous voulez, n'est-ce pas ? Je veux dire, voulez-vous être comme Rogue ? C’est lui que vous imitez n’est-ce pas ? Effrayer à mort les élèves pour qu’ils se tiennent tranquilles. Mais est-ce du respect, ou juste de la crainte ? Après tout, ils l'appellent toujours « idiot graisseux » et pire derrière son dos ! »

« Mais ils ne lui disent pas en face ! » répliqua Rusard. « Pas comme ils le font pour moi ! »

« Mmm, » contempla Harry. « Je suppose qu’il y a ça à prendre en compte. »Puis il se pinça les lèvres et ajouta : « Alors vous seriez heureux si le monde des sorciers avait peur de vous insulter en face, mais le faisait quand même derrière votre dos ? »

« Euh… »

« Non ? » demanda Harry « Eh bien, que pensez vous du genre de respect que le Directeur inspire ? Il inspire le respect non ? »

« C’est un des sorciers les plus puissants au monde ! » Rusard le regarda avec des yeux ronds. «Bien sûr qu’il est respecté ! »

« C’est étrange, » répondit Harry, « je l'ai entendu se faire appeler un ‘ vieil fou idiot et tordu’ en plein visage. Je ne peux qu’imaginer ce qu’ils disent de lui derrière son dos ! C’est ce que vous appelez du respect ? »

« Euh... »

« Alors, quel genre de respect voulez-vous ? » chercha Harry.

« Je-- je ne... je ne ... » Rusard était à l‘évidence un peu perdu.

« Alors pourrais-je suggérer quelque chose ? »

Rusard le dévisagea simplement.

« Il y a beaucoup de genres de respect, » commença Harry. « Le respect pour les capacités de quelqu'un, le respect pour leur personnalité, le respect pour leurs accomplissements. Il y a beaucoup de choses pour lesquelles vous pouvez respecter quelqu’un, parce qu’il les a, les est, les fait -- mais pas un seul de ces genres de respect ne vous rendra heureux. Pas l’un d'entre eux n’arrêtera les autres de vous ridiculiser pour les choses qu'ils ne respectent pas chez vous. »

« Par exemple, » expliqua Harry, « le professeur Rogue est un Maître de Potions. Et en tant que Maître de Potions il est très respecté. Je n'ai jamais entendu personne déprécier ses opinions, capacités, ou compétences quand il s'agit de potions. Et pourtant, ils se moquent de son apparence, de sa manière d’enseigner, et de sa personnalité. »

« Le Professeur Dumbledore, d'autre part, inspire beaucoup de respect quand il s’agit de pouvoir et de connaissance -- pourtant il n’en inspire aucun du tout quand il s'agit de santé mentale, de style, ou de mode. »

« Mais... » L’interrompit Rusard. « Tous les deux... ils sont tous les deux ... »

« Ils ont tous les deux un autre type de respect en plus, » termina Harry à sa place. « Le genre de respect qui fait que vous voulez ce qu'ils ont -- le seul genre de respect qui vous rendra jamais heureux -- parce que c'est le genre de respect qui veut dire que vous ne vous souciez pas de ce que les autres pensent. »

Rusard fronça les sourcils, essayant comprendre ce qu’Ash lui disait.

« C'est du respect de soi-même, Argus. Seulement le respect de vous-même -- votre propre sens de valeur-propre -- peut vous donner ce que vous voulez. »

La bouche de Rusard se tordit vers le bas à cette révélation, et Harry pouvait dire que cela ne lui plaisait pas. « Avant que vous disiez quoi que ce soit, » ajouta-t-il rapidement, « pensez-y juste. Pensez à des hommes comme Albus Dumbledore. Le directeur a fait des choses merveilleuses et terribles dans sa vie. Pourtant -- »

« Pourtant c’est quand même un sorcier sacrément puissant ! » l’interrompit Rusard. « J’aurais aussi du respect, si j'avais de la magie comme cela ! »

« Vous pensez ? » répliqua Harry avec force. « Vous pensez que la magie donne le respect ? Eh bien, j'ai des nouvelles pour vous, aucun sortilège ne peut vous donner cela ! Pas même Impérius ! »

Comme Rusard commençait à nouveau à argumenter du contraire, Harry le supplanta -- laissant finalement cours à sa frustration sur un homme amer qui pourrait être -- devrait être -- tellement plus.

« Laissez moi vous racontez l‘histoire, » dit Harry avec force, « d'un homme -- un homme qui est mort en sauvant la vie de presque une douzaine d'élèves dans une école qui ressemblait beaucoup à celle-ci. Il n'avait pas de baguette avec lui quand les envahisseurs ont pris d'assaut les murs, mais ce qu'il avait était une connaissance incomparable du plan de l'école et de ses défenses. Il aurait pu facilement sauver sa peau, mais il était responsable de la sécurité de l'école, alors il est resté et s’est finalement retrouvé à mener lui-même le dernier groupe d'élèves en sûreté. »

« Malheureusement, » continua Harry, « il a été découvert avant que les élèves s’échappent. C'était juste un manque de chance, vraiment. Les enfants étaient cachés et il est allé de l'avant pour assurer que la voie était libre. Il leur avait déjà dit quoi faire en atteignant le portoloin -- tout ce qu’ils avaient à faire était d’attendre que la voie soit libre. Et tout ce que lui avait à faire était d’attirer l'ennemi au loin. »

« Et il l’a fait, » conclut Harry, « bien que cela lui ait coûté la vie. »

Il y eut un moment de silence. Puis Rusard, l’air un peu inconfortable mais encore belligérant dit : « Ouais, bien... Désolé que vous ayez perdu un ami alors. Mais tout ça n’a rien à voir avec moi, non ? »

Un sourire froid prit place sur le visage de Harry. « Vous pensez que non ? Oh, vous pensez que non n’est ce pas ? Même pas quand je vous dis que mon « ami » était un crackmol comme vous ? »

Rusard parut choqué.

« Oh oui, » continua Harry. « Un pauvre crackmol pathétique. Aucun respect envers lui du tout. Ils ont juste posé cette stupide plaque pour se moquer du crackmol mort. Bien sûr, le fait qu'ils l’aient posée près des serres où il est mort était un tant soit peu morbide, eh ? De mauvais goût, vraiment. »

Rusard avait toujours l’air choqué.

« Mais même, » continua Harry, « je ne pense pas que leur manque de respect explique vraiment l'inscription. C'était très respectueux -- du moins à mon avis. Vous voulez savoir ce que cela disait ? » Et Harry continua directement, sans attendre la réponse de Rusard. « Cela disait :

‘Le Sang, le Corps, et la Magie
De là vient toute votre force
Pourtant c’est du coeur seulement

Que vient tout votre Pouvoir.’

« L'homme à qui ceci est dédié a sauvé ces enfants -- en dépit du fait que de tous les gens qui étaient là-bas, y compris les enfants et les envahisseurs, il était le seul à ne pas pouvoir lancer un seul sort ! »

« Et vous savez, » termina Harry d’un ton sombre, « qu’a la fin, je suis assez sûr qu'il se fichait totalement de qui se moquait de lui -- en face de lui ou derrière son dos. Et je pense que c’est parce qu'il savait qu'il était un être humain de valeur. Il savait qu'il méritait du respect tout autant que son prochain, et il s'assurait de le recevoir simplement en se le donnant. Et une fois qu’il avait ce respect de lui-même, les autres gens ont commencé à le voir, et à lui donner aussi leur respect. »

Et comme il revenait du souvenir de la mort d'Argus dans le Miroir, Harry examina cette plus jeune version amère de son ami mort et fit remarquer avec désinvolture : « Si vous aviez ne serait-ce qu’un brin de respect de vous-même, je pourrais vous enseigner des choses qui rendraient certain que le monde des sorciers tout entier vous regarde avec tous les respects différents que vous puissiez imaginer ! »

« Je-- j'ai du respect pour moi-même ! » protesta Rusard. « C’est vrai ! »

« Vous ! » Harry aboya d’un rire dérisoire. « Vous ne pouvez même pas vous regarder en face dans un miroir ! Vous vous habillez comme un vagabond ! Vous rôdez avec la tête basse -- »

« J' aime la manière dont je m'habille ! » rugit Rusard.

Harry rugit en retour. « Je me fiche de votre sens de la mode, espèce d’idiot ! Je dis que vos vêtements sont toujours déchiquetés et tachés, et vous rôdez d'avec la tête basse comme vous aviez honte d’être vu ! Comment diable les autres sont ils censés vous respecter quand vos vêtements et la façon même dont vous marchez dit que vous ne croyez pas en être digne ? » Et alors Harry se pencha près de lui et ajouta avec une calme intensité : « Montrez moi que vous pensez que vous méritez du respect, et alors peut-être que je vous enseignerai comment gagner celui de tous les autres. »

Et avec cela, Harry réveilla Miss Teigne et laissa le concierge ébahi dans son bureau.

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En revenant à ses quartiers, Harry considéra l'offre il avait faite au concierge de Poudlard. En réalité, sa proposition d’enseigner à Argus comment gagner le respect des autres était d'un demi mensonge. Il ne pourrait pas vraiment enseigner à Argus comment gagner le respect des autres, mais une fois que cet homme réussirait à commencer à se respecter, tout le reste en découlerait naturellement. Et Harry pourrait lui enseigner beaucoup de choses qui augmenteraient rapidement l’amour-propre d’Argus. En fait, une fois le crackmol mis sur le bon chemin, il devrait faire attention de ne pas laisser Argus attraper la grosse tête. Il y avait une vaste différence entre le respect de soi-même et la suffisance.

Et vaguement, dans le fond de ses méditations au sujet d’Argus, Harry pensait aussi à Severus. Les choses que Sev avait faites sous les ordres de Voldemort avaient endommagé le respect de soi du Maître de Potions il y a des années . Le peu qui restait était principalement basé sur ses compétences en potions, sa vive intelligence, et les tâches inestimables qu'il exécutait pour le Directeur. Mais jusqu'à ce que Sev se pardonne finalement …

...Il ne serait jamais tout à fait entier.

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